Colloque-Kénitra (Maroc)

Chronique et nouvelle brachylogie: un art de l’autrement dit ?
Colloque international, 11-12 octobre 2019

La chronique a jusqu’à aujourd’hui suscité très peu l’intérêt de la poétique et de la théorie littéraire en général. Pourtant elle est, parmi les genres textuels, celle qui tente le plus les écrivains. Comment expliquer une telle négligence d’un côté et un tel attrait de l’autre ? Sans doute parce qu’elle refuse de s’inscrire dans des frontières stables. Elle se laisse aller au glissement entre les registres mêlant facilité et complexité, de même qu’elle se fait jeu (de réflexion et de poétisation) à partir de l’association spécifique mise en œuvre entre des matériaux du factuel, du langage et de la fable.
D’un paradigme à l’autre, elle dessine des lieux de croisement et des lignes de fuite. Ainsi, en même temps qu’elle résiste à la figuration de son référent, elle ne cède pas à l’enfermement dans son propre mimétisme. Elle tient plus que tout à son ouverture qui est signe de dynamique et de mouvement. Elle joue continuellement de la vérité, évitant de nous imposer son interprétation ou le choix de son parti pris. Elle éveille ainsi l’esprit critique et transmue les émotions du lecteur en graines d’intelligence.
Aussi toute la vertu de la chronique est-elle dans sa capacité à moduler la « forme douce » (Barthes) à donner aux choses et aux faits qu’elle transforme en interrogations silencieuses/insidieuses. Elle s’apparente de ce fait plus à l’esprit de la conversation et de la feintise qu’à celui de l’exposition et de la démonstration. En ce sens qu’elle ne cherche pas à convaincre ni à faire rêver ou à enchanter, mais à nous conduire sur le chemin d’un sens ou d’un non/sens à construire dans une féconde dialectique de soi à autrui.
A l’orée de ce troisième millénaire, qui connaît une montée en force des dogmatismes coercitifs et manipulatoires, la chronique nous semble être le lieu favorable à l’émergence de cette parole conversationnelle qui est, comme le disait Alain, l’expression fondamentale du désir d’apprendre. Apprendre à mieux connaître le monde et à mieux converser avec lui. Or pour le faire efficacement, l’exemple de la chronique n ‘est-il pas riche d’enseignement ? Autant par son oblicité que par sa littérarité ne se veut-elle pas art de l’autrement dit ?
La nouvelle brachylogie, du fait d’avoir fait surgir l’importance de la conversation (anti – doxique) pour nos sociétés, trouvera sûrement dans l’étude de la chronique de riches possibilités à même de lui permettre de pister des recherches inédites sur le développement de ses propres outils théoriques et méthodiques, ainsi que sur la singularité de ses objets d’étude. C’est l’objectif principal de ce colloque dont les axes sont, à titre indicatif, les suivants :

1. Poétique de la chronique : études des formes et des procédés
2. La chronique maghrébine et méditerranéenne (littéraire, philosophique, sociale et politique, artistique)
3. La chronique et les genres limitrophes.
Langues du colloque : arabe, français, anglais, espagnol

Les propositions d’intitulés des communications et les résumés doivent être envoyés, avant le 30 juin 2919, à l’adresse suivante :
ghousana@yahoo.fr